Blog · Photo de paysage
Photographier le Creux du Van : où se placer, à quelle heure, en quelle saison
Le Creux du Van, c'est mon terrain de jeu. J'y monte depuis des années, en été comme dans la neige, seul ou avec les participants de mes workshops, et il y a tellement de compositions possibles que c'est un lieu qui m'inspire énormément. Si tu prépares ta première sortie photo là-haut, ou si tu en es revenu déçu, cet article est fait pour toi : je vais t'expliquer où te placer sur le bord du cirque, comment choisir ton moment, et surtout ce que chaque saison change à l'image, de l'herbe verte de l'été aux arbres givrés de l'hiver.

Pourquoi le Creux du Van se photographie si bien
Pour un photographe, le Creux du Van a tout d'un décor complet. C'est un cirque rocheux du Jura neuchâtelois, tout près de la frontière vaudoise : selon Suisse Tourisme, il mesure environ 1,4 kilomètre de large et ses parois montent jusqu'à 200 mètres. Vu du bord, on a devant soi un immense amphithéâtre de calcaire posé en strates horizontales, une forêt tout au fond, et autour un plateau de pâturages semé d'arbres isolés. Une falaise, une courbe, une forêt, des arbres, de la roche à tes pieds et un ciel très ouvert : peu de lieux réunissent autant d'éléments de composition à quelques minutes de marche les uns des autres.
C'est aussi une réserve naturelle et un district franc fédéral, c'est-à-dire une zone de protection de la faune : bouquetins et chamois y vivent, et on peut parfois les apercevoir près des rochers tôt le matin ou en fin d'après-midi. J'y reviens plus bas, parce que cela compte pour ta façon de te déplacer là-haut. Si tu veux situer le Creux du Van parmi les autres lieux de la région, je l'ai placé en tête de mes 7 lieux iconiques du canton de Neuchâtel.
Y aller : par le haut ou par le bas ?
Pour la photo, le choix de l'accès compte plus qu'on ne le croit, parce qu'il décide de ce que tu pourras faire après le coucher du soleil. Il y a deux grandes options : arriver par le haut, en voiture jusqu'au Soliat, ou monter par le bas, à pied depuis Noiraigue.
Par le haut : le Soliat. De mai à octobre, le parking du Soliat est à environ cinq minutes à pied du bord, selon l'office du tourisme Jura & Trois-Lacs ; on y monte par Couvet ou par Provence. C'est l'option la plus confortable pour la photo : tu peux rester jusqu'à la fin de l'heure bleue et être à la voiture peu après. C'est aussi là que je donne rendez-vous aux participants de mon workshop photo au Creux du Van, quand la route est ouverte. Le parking du Grand'Vy, depuis Gorgier ou Bevaix, en est une variante, à une quinzaine de minutes du bord.
Par le bas : Noiraigue. Depuis la gare de Noiraigue, le sentier des Quatorze Contours monte à travers la forêt ; le bord du cirque se trouve environ 600 mètres plus haut que le village. C'est la bonne option si tu viens en train ou si tu aimes arriver au cirque après une vraie marche. Le revers, pour un photographe, c'est la descente : si tu restes pour le coucher du soleil, tu redescendras de nuit, en forêt, avec ton sac sur le dos. À toi de voir si tu préfères une séance du matin ou de milieu de journée dans ce cas.
En hiver, de novembre à avril, l'accès se complique : la plupart des routes ne sont pas déneigées et il faut marcher plus longtemps. J'ai détaillé les conditions d'hiver, avec l'endroit où se garer, sur la fiche de la photo Amazing Winter Sunset. Ce que j'ajoute ici, côté photo : avec de la neige fraîche, les raquettes ne sont pas un luxe, et c'est ce que je demande aux participants de mes workshops d'hiver. Compte aussi le temps de marche en plus dans ton horaire : arriver essoufflé au moment où la lumière tombe, c'est rater la moitié de la séance.
Un point pratique qui vaut pour toute l'année : prends une lampe frontale. Les belles lumières arrivent souvent en fin de journée, et le retour se fait alors au crépuscule. Les conditions d'accès changent d'une saison à l'autre : vérifie l'état des routes et des parkings avant de partir.
Où se placer sur le bord du cirque
La première fois, presque tout le monde fait la même chose : on arrive au bord, on voit la falaise, on déclenche. Et on rentre avec une photo de carte postale, souvent un peu plate. Mon premier conseil : avant de sortir l'appareil, marche. Le bord du cirque se suit sur une bonne longueur, et le point de vue change complètement selon l'endroit où tu te tiens.

Ce que je cherche, c'est un endroit d'où l'on voit la courbe de la falaise. Quand tu trouves un point d'où l'arc entier se déploie devant toi, il devient le fil conducteur de ta photo : le regard part du premier plan, suit la falaise et arrive au ciel. Sur la photo ci-dessus, c'est exactement ce qui se passe, avec un affleurement de roche et un peu d'herbe sèche pour démarrer la lecture de l'image.
Le premier plan, justement, c'est la clé au Creux du Van. Le bord est fait de grandes plaques de calcaire fissurées, de blocs, de touffes d'herbe, de plaques de neige en hiver. Sans eux, la falaise reste lointaine et l'image manque de profondeur. Avec eux, tu offres au regard une porte d'entrée dans la photo. Baisse-toi, approche-toi d'une plaque de roche, et regarde comment les fissures peuvent pointer vers le cirque.
Un mot de prudence : le bord est vertigineux, et la roche peut être glissante, en particulier quand il a neigé. Ne t'approche pas du vide pour gagner quelques centimètres de cadre, ça n'en vaut jamais la peine. Si tu es sujet au vertige, il y a largement de quoi photographier en restant à l'intérieur des terres : c'est d'ailleurs ce que je fais avec les participants qui ne sont pas à l'aise au bord.

Cette photo-là est l'une de mes plus connues du Creux du Van. Je n'étais monté que pour le coucher du soleil, et je n'ai fait qu'une seule composition sur place. Je voulais vraiment me concentrer sur cette image et rien d'autre. Ce n'est pas une règle, mais c'est un bon exercice : plutôt que de courir d'un point à l'autre quand la lumière arrive, choisis ton cadre à l'avance, et consacre-lui tout le moment fort. Tu peux retrouver l'histoire de cette image sur sa fiche photo Creux du Van.
Choisir son moment : une soirée de février en trois images
Beaucoup de monde monte au Creux du Van pour le lever du soleil. Le soir, j'y vois moins de monde. Il faut dire que pour le coucher, il faut un peu connaître les emplacements où la lumière est la meilleure et où l'on trouve les bonnes compositions. À force de me balader là-haut et d'y proposer des workshops, j'ai fini par bien connaître le lieu, et l'heure dorée du soir est devenue un moment que j'adore.
Pour te montrer ce que peut donner une seule soirée, je reprends les deux premières images de cet article et celle qui suit : toutes trois ont été faites le même soir de février. En fin de journée, la lumière n'éclaire plus que le haut du relief, alors que le fond du cirque passe dans l'ombre. Ce contraste est fort, il faut l'accepter et composer avec. Personnellement, je peux rester longtemps au même endroit à attendre la bonne lumière. Ce n'est pas du temps perdu : on écoute les oiseaux, on regarde la nature, on profite, et on est prêt quand le moment arrive.
Côté réglages, voici ce que mes appareils ont enregistré : f/8 et 1/320 s à 100 ISO avec un 28 mm pour la vue du cirque enneigé, et f/8 et 1/10 s à 64 ISO avec un 18 mm pour celle où le soleil se pose sur la crête. À f/8, le soleil en partie caché par le relief dessine déjà une petite étoile. Avec un ciel aussi lumineux et un fond de cirque aussi sombre, garde un œil sur ton histogramme pour conserver du détail dans le ciel ; tu iras chercher les ombres au développement.

Puis le soleil a disparu, et c'est là que beaucoup repartent. Un quart d'heure plus tard, j'ai fait celle-ci : la neige était devenue bleue, le ciel gardait une bande rose à l'horizon, et une petite cabane de pierre faisait un sujet tout trouvé. Le temps de pose est monté à 1,6 s, toujours à f/8 et 64 ISO : à ce stade, le trépied devient indispensable. L'heure bleue au Creux du Van, surtout avec beaucoup de neige, c'est un pur plaisir. Le seul inconvénient, c'est le froid.
Côté matériel, je conseille un grand angle pour englober le cirque et un téléobjectif qui monte jusqu'à 200 mm pour isoler un arbre ou un détail de roche. Un trépied est vivement conseillé pour le coucher du soleil, et indispensable pour l'heure bleue.
En quelle saison : les mêmes rochers, quatre images différentes
C'est ce que j'aime le plus au Creux du Van : la falaise ne bouge pas, mais chaque saison en fait un autre lieu. Il y a tellement de compositions possibles, tellement de végétations différentes, que tu peux y revenir dix fois sans refaire la même photo.
L'hiver : la neige, le givre et les arbres du plateau
En hiver, la neige dessine chaque strate de la falaise, le fond du cirque devient blanc, et le plateau autour se couvre de givre. Mais ça se mérite. Je me souviens d'une sortie avec de la neige jusqu'aux genoux, le jean trempé puis gelé, les chaussettes mouillées. Et pourtant, la lumière était vraiment magnifique, et j'en suis revenu avec de superbes photos.

Mon conseil pour l'hiver : ne regarde pas seulement le cirque. Le plateau autour est plein d'arbres isolés, de murs de pierre et de bosses de neige sculptées par le vent. Après un épisode de givre, ces arbres deviennent des sujets à part entière. Sur cette image, prise à 85 mm (f/8, 1/20 s, 64 ISO), le groupe d'arbres occupe le cadre avec la bande de nuages derrière lui, et les pierres et le fil de clôture givrés assoient le bas de l'image. C'est typiquement là que le téléobjectif prend le relais du grand angle.
L'automne : la forêt du cirque change de couleur

En automne, c'est le fond du cirque qui devient intéressant. La forêt de conifères se ponctue de feuillus qui jaunissent, et la lumière rasante vient chauffer la roche claire de la falaise. Sur cette photo, j'ai gardé le soleil dans le cadre, bas sur la gauche, et laissé la paroi éclairée fermer l'image à droite : entre les deux, toute la forêt sert de texture. Un ciel chargé, comme ce jour-là, est souvent un cadeau : il donne de la matière au haut de l'image au lieu d'un grand aplat bleu. Cette photo existe en tirage sous le nom L'automne au Creux du Van.
L'été et la belle saison : le vert, et les longues soirées

En été, le Creux du Van est vert, fréquenté, et la lumière de midi y est dure. Je te conseille la fin de journée : quand le soleil baisse, la falaise prend une lumière douce, la vallée se remplit de brume, et les herbes hautes du bord deviennent un premier plan facile à exploiter. Pour cette image, j'étais au grand angle, à 16 mm, pour garder à la fois les herbes devant moi, la falaise sur la droite et la vallée qui s'ouvre à gauche.
Et quand il reste quelques plaques de neige sur une herbe encore sèche, comme sur le panorama plus haut, le Creux du Van offre encore un autre visage, entre deux saisons.
Quand la journée ne donne rien
Je vais être honnête : toutes mes sorties au Creux du Van ne sont pas réussies, loin de là. Je me souviens d'une journée franchement ratée. Mauvaise lumière, mauvaises prises de vues, pas d'inspiration. Bref, rien à ramener. Ça arrive quand on est photographe de paysage, et bien plus souvent que tu ne l'imagines.

Et puis, sur le chemin du retour, la lumière est arrivée sur quelques arbres isolés. J'ai eu juste le temps de me placer et de déclencher. C'est cette image-là que j'ai gardée de la journée. La leçon que j'en tire : tant que tu es dehors, garde l'appareil prêt et retourne-toi de temps en temps. La meilleure photo n'est pas toujours celle que tu étais venu chercher. Tu peux voir cette image plus grande sur sa fiche photo.
Photographier dans une réserve : ce qu'il faut respecter
Le Creux du Van accueille beaucoup de monde, et c'est un milieu fragile. Quelques règles simples, que je t'invite à suivre sans exception :
- Gare-toi uniquement sur les parkings officiels : le stationnement en dehors, par exemple dans les prés, est strictement interdit.
- Le camping sauvage est interdit dans la réserve.
- Le vol de drone est interdit : le Creux du Van est un district franc fédéral, où les drones ne peuvent pas voler.
- Reste sur les sentiers, et garde tes distances avec les bouquetins et les chamois : tu es chez eux.
Ces règles ne sont pas une contrainte pour la photo. Au contraire : un lieu préservé, c'est un lieu qu'on pourra encore photographier dans vingt ans.
Aller plus loin
Pour progresser sur place, avec quelqu'un qui connaît le lieu, plusieurs options s'offrent à toi. Le workshop photo au Creux du Van se fait en petit groupe : on travaille la composition, l'exposition et le mode manuel, au bord du cirque, jusqu'au coucher du soleil. Si tu préfères un accompagnement rien que pour toi, mon cours photo individuel sur le terrain peut aussi se faire ici : on choisit ensemble l'endroit et le moment. Et si tu habites la région, tu trouveras aussi mes cours photo à Neuchâtel.
Pour voir d'autres images du lieu, jette un œil à la fiche L'heure dorée au Creux du Van, celle de la deuxième photo de cet article, et à mes tirages photographiques.
Conclusion
Pour résumer : monte de préférence en fin de journée, marche le long du bord avant de choisir ton emplacement, cherche la courbe de la falaise et un vrai premier plan, et reste après le coucher du soleil pour l'heure bleue. Puis reviens à une autre saison : ce sont les mêmes rochers, mais jamais la même photo. Ce que je te montre ici, ce sont des captations du réel, avec l'atmosphère de chaque jour, reprises au post-traitement avec ma touche artistique, sans rien y ajouter qui n'y était pas.
J'espère que cet article te donnera envie d'y monter avec ton appareil. Et si tu y es déjà allé, écris-moi pour me dire à quelle saison tu préfères le Creux du Van : ça m'intéresse de savoir ce que tu en as rapporté. À bientôt, et on progresse ensemble !
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