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Blog · Photo de paysage

La cascade de Jaun en photo : accès, lumière et pose longue en Gruyère


Il y a des cascades qu'il faut aller chercher au fond d'une gorge, après une heure de marche. Et puis il y a celle de Jaun, en Gruyère, qui jaillit de la roche juste en face du centre du village, à quelques pas des maisons en bois et de l'église. C'est ce qui rend le lieu si photogénique : une vraie cascade de montagne, un bassin d'eau verte, une passerelle, des toits et des sommets, tout cela dans le même cadre.

Dans cet article, je vais t'expliquer où se trouve la cascade de Jaun et d'où vient son eau, comment t'y rendre, où te placer, et surtout ce que j'ai appris en la photographiant deux fois à sept minutes d'écart, avec deux durées de pose très différentes.

Cascade tombant d'un versant rocheux couvert d'herbe sèche et de mousse dans un bassin d'eau vert émeraude, torrent blanc et passerelle en bois à droite, église au clocher pointu, maisons et grande ferme en bois éclairées par le soleil, arbres encore nus et sommets avec des plaques de neige au fond
La cascade de Jaun un après-midi de printemps, en une image assemblée à partir de plusieurs prises : l'eau du bassin est lissée par la pose longue. L'église, les maisons et les sommets encore enneigés donnent l'échelle du lieu.

Où se trouve la cascade de Jaun ?

Jaun, parfois appelé Bellegarde en français, est un village du canton de Fribourg, dans le district de la Gruyère. C'est la seule commune de langue allemande de ce district. Le village est posé à un peu plus de 1000 mètres d'altitude, dans la vallée de la Jogne, sur la route qui monte au col du Jaun puis redescend vers Boltigen, dans le canton de Berne. Au sud, le massif des Gastlosen ferme l'horizon.

La cascade tombe face au centre du village et à ses maisons en bois. Pas besoin de longue marche pour la voir : elle est à deux pas de l'arrêt de bus du village. C'est justement ce qui la rend intéressante pour un photographe. Le décor ne se limite pas à de l'eau et de la roche : il y a des bâtiments, une passerelle, un bassin, des montagnes, et c'est à toi de choisir ce que tu fais entrer dans l'image.

D'où vient l'eau : une source qui a voyagé sous terre

La cascade de Jaun est une source karstique. Son eau naît loin d'ici, sur le flanc du Vanil Noir, le plus haut sommet du canton de Fribourg, à environ 1920 mètres d'altitude. Elle forme un ruisseau dans la vallée des Morteys, à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de Jaun, puis ce ruisseau se perd peu à peu dans le sol.

Pendant longtemps, personne ne savait où cette eau réapparaissait. En 1928, on a coloré le ruisseau : l'eau colorée est ressortie à la cascade de Jaun onze jours plus tard. La chute se jette ensuite dans la Jogne, et son débit peut atteindre 6000 litres par seconde, surtout au mois de juin.

Pour toi, ce détail a une conséquence très concrète : la cascade ne ressemble pas à la même chose toute l'année. À la fonte des neiges, elle peut être puissante et pleine d'écume ; à d'autres moments, plus calme, avec des filets d'eau bien séparés. Avant de partir, demande-toi quelle image tu veux faire, puissance ou délicatesse, et choisis ta période en conséquence.

Comment y aller

En transports publics, le plus simple est de partir de Bulle. Selon l'horaire actuel, tu prends le train jusqu'à Broc-Village, puis le bus 260 des Transports publics fribourgeois jusqu'à l'arrêt « Jaun, Dorf » : compte un peu plus d'une demi-heure au total. L'arrêt se trouve à moins de 200 mètres de la cascade à vol d'oiseau. Vérifie tout de même ton trajet sur l'horaire CFF avant de partir, surtout si tu vises le début ou la fin de journée.

En voiture, tu suis depuis Bulle la route de Charmey, qui continue jusqu'à Jaun puis vers le col du Jaun. La commune a aménagé un parking à moins de cinq minutes à pied de la cascade.

Selon le portail freizeit.ch, le site est accessible toute l'année et gratuitement, et la cascade est éclairée le soir. Si tu penses à une photo à l'heure bleue avec la chute illuminée, vérifie d'abord auprès de l'office du tourisme de Jaun, au +41 26 929 81 81, que l'éclairage fonctionne à la période de ta visite.

Repérer avant de poser le trépied

Une clôture se trouve devant la cascade, et des passerelles en bois permettent de s'approcher du torrent. Tu n'es donc pas libre d'aller n'importe où, et c'est une bonne chose : cela t'oblige à travailler avec les points de vue qui existent.

Ici, le plus utile est de faire d'abord le tour du site à pied, trépied encore sur le dos. Regarde la cascade de loin, puis de près. De loin, tu peux construire une image en trois étages, avec le bassin au premier plan, la cascade et le village au milieu, les montagnes et le ciel au fond. De près, tu changes complètement de sujet : ce sont les rideaux d'eau, les blocs de mousse et les lignes du courant qui font la photo. Mes deux images montrent ces deux approches.

Première image : une pose longue pour lisser l'eau

La première photo de cet article est un assemblage de plusieurs prises, faites en fin d'après-midi, en avril. L'une d'elles a été prise au 16 mm, à f/22, en 8 secondes de pose et à 64 ISO : ces réglages ne valent que pour cette prise, pas pour toute l'image. Au printemps, les feuillus étaient encore nus et les sommets gardaient des plaques de neige.

Regarde la lumière. Le soleil éclaire encore le village et le pré, d'une lumière chaude qui arrive par la droite, alors que la cascade est en partie dans l'ombre. Pour une pose longue sur de l'eau, c'est plutôt une chance : l'eau blanche ne se retrouve pas en plein soleil, où elle aurait vite été surexposée. Les bâtiments éclairés, eux, apportent la chaleur de l'image.

La composition repose sur ces trois étages dont je te parlais. Le bassin occupe le premier plan à gauche ; lissée par la pose longue, sa surface devient un miroir mat et son vert émeraude ressort. La cascade tombe dans le tiers gauche, le torrent blanc part vers la droite sous la passerelle, et le regard remonte vers l'église, la ferme en bois et les montagnes.

Un mot sur les réglages. Pour tenir plusieurs secondes de pose en plein jour, on place un filtre gris neutre, un filtre ND, devant l'objectif : il joue le rôle de lunettes de soleil pour ton appareil. Sur l'une des prises, je suis descendu à f/22 : sans doute pour gagner de la profondeur de champ, peut-être aussi pour allonger la pose faute de filtre assez dense ; je ne m'en souviens plus avec certitude. Mais attention, je ne dis pas qu'il faut toujours fermer autant : dans mon guide de la pose longue en photographie de paysage, je te conseille plutôt de rester entre f/8 et f/16, parce que les plus petites ouvertures font perdre un peu de netteté à cause de la diffraction. Avec un filtre plus dense, tu peux obtenir une pose de plusieurs secondes en restant à f/11.

Sept minutes plus tard : une demi-seconde pour garder la matière

Plusieurs rideaux d'eau lissés tombant par-dessus un long seuil en diagonale, blocs couverts de mousse et d'herbe sèche au milieu du courant, cascade principale au fond à droite, barrière en bois et forêt de conifères en haut à gauche, bassin sombre et transparent en bas à droite
Même lieu, même après-midi, une demi-seconde à f/8 : l'eau garde un peu de matière dans les rideaux et dans l'écume, les blocs de mousse ponctuent le courant.

Sept minutes après la première image, depuis un autre point de vue plus proche du courant, j'ai fait cette deuxième photo au même 16 mm, mais à f/8, en une demi-seconde, toujours à 64 ISO.

Ici, il n'y a plus de village, plus de ciel, plus de montagnes. Le sujet, c'est l'eau elle-même. Un long seuil traverse le cadre en diagonale, du premier plan à gauche jusqu'au milieu à droite, et l'eau passe par-dessus en plusieurs rideaux. Des blocs couverts de mousse ponctuent le courant, la cascade principale tombe au fond à droite, et une barrière en bois rappelle, en haut à gauche, que l'on est dans un lieu aménagé. La scène est dans l'ombre, la lumière est douce : aucun reflet dur sur l'eau.

Une demi-seconde, c'est la limite haute de ce que je recommande pour les ruisseaux et les cascades quand on veut garder de la texture : entre 1/6 de seconde et une demi-seconde, l'eau bouge, mais elle ne devient pas encore un voile uniforme. Compare les rideaux de cette photo avec le bassin de la première : d'un côté de la matière, de l'autre de la soie.

Quelle durée de pose choisir ?

Tu vas me dire : alors, laquelle des deux est la bonne ? Eh bien je te réponds qu'aucune n'est meilleure que l'autre. La durée de pose ne se choisit pas au hasard, ni par habitude : elle découle de ce que tu veux raconter.

  • Autour de 1/6 de seconde à une demi-seconde : l'eau garde sa texture et son énergie. C'est le bon choix quand le courant est le sujet principal, comme sur la deuxième image.
  • Une à plusieurs secondes : l'eau se lisse, les surfaces calmes deviennent des miroirs mats, et l'œil se repose. C'est utile quand la cascade n'est qu'un élément d'un paysage plus large, comme sur la première image.
  • Au-delà : tu peux aller plus loin avec un filtre plus dense, mais au bord d'une cascade, l'eau perd vite tout relief. Vérifie toujours sur l'écran que tu n'as pas transformé ta chute en une tache blanche.

Sur place, ne te contente pas d'une seule durée. Fais la même composition avec deux ou trois vitesses différentes, puis choisis tranquillement à l'ordinateur. Tu peux même assembler plusieurs photos prises à des vitesses différentes, pour garder par exemple de la matière dans la chute et un bassin parfaitement lisse. La première image est d'ailleurs un assemblage de plusieurs prises. Si la notion de vitesse est encore floue pour toi, mon article sur la vitesse en photographie de paysage reprend les bases.

Le matériel qui compte au bord de l'eau

Pour la pose longue, le trépied est indispensable. Installe-le bien stable, déclenche avec une télécommande ou le retardateur, et coupe la stabilisation de l'objectif. Fais la mise au point sur le tiers inférieur de ton cadre, puis passe en mise au point manuelle pour qu'elle ne bouge plus entre deux déclenchements. Près d'une chute, les embruns se déposent vite sur la lentille ou sur le filtre : garde un chiffon à portée de main et contrôle l'avant de ton objectif entre chaque photo.

Enfin, surveille ton histogramme. Entre l'eau blanche et les zones d'ombre, l'écart de lumière peut être important. Si tu n'arrives pas à garder du détail partout en une seule photo, fais une série d'expositions décalées sans bouger le trépied, puis fusionne-les sur l'ordinateur. Tu trouveras d'autres repères dans mon article sur les meilleurs réglages en photographie de paysage.

Quelle saison et quelle heure ?

Mes deux photos ont été faites en avril. On y voit ce que le printemps apporte : de la neige sur les sommets, des arbres sans feuilles qui laissent voir les bâtiments, une herbe encore sèche sur les rochers autour de la chute. C'est une période où le paysage reste graphique et où l'eau ne manque pas.

Si tu cherches la puissance, vise plutôt le début de l'été : c'est en juin que le débit atteint ses valeurs les plus fortes. En été, la végétation verte remplira davantage ton cadre. En automne, les couleurs du village et des forêts peuvent changer complètement l'ambiance. Et en hiver, le site reste accessible : avec de la neige sur les toits et la cascade éclairée le soir, il y a sûrement une image à construire. Je n'ai pas encore de photo de Jaun à ces saisons-là, je te les décris donc d'après les sources, pas d'après mes images.

Quant à l'heure, mon expérience de cet après-midi-là tient en une phrase : quand le soleil éclaire le village mais plus la cascade, tu as à la fois la chaleur dans les bâtiments et une lumière douce sur l'eau. Retourne sur place à des heures différentes pour voir à quel moment l'ombre gagne la chute.

Prolonger la journée autour de Jaun

Jaun peut être l'arrivée d'une belle randonnée. Au nord, de l'autre côté du col d'Euschels, se trouve le lac Noir, le Schwarzsee. Les deux lieux sont reliés par un itinéraire d'environ 13,5 kilomètres et 5 h 45 de marche, avec un peu moins de 650 mètres de montée : il part du lac, passe par l'alpage de Hubel Rippa et traverse la vallée de la Brecca avant de franchir le col. C'est un aller simple, prévois donc ton retour en bus. Avant de partir, consulte les actualités de Schwarzsee : la route d'accès à la Brecca peut être fermée en raison de chutes de pierres, avec une déviation signalée. Si le lac t'intéresse aussi, je lui consacre un article à part : le lac Noir à Fribourg en photo.

Et si tu aimes photographier l'eau qui tombe, j'ai rassemblé d'autres lieux dans ma liste des cascades suisses pour photographes.

Apprendre la pose longue sur le terrain avec moi

La pose longue s'apprend beaucoup plus vite sur le terrain, devant une vraie cascade, qu'en lisant un article. Avec le cours photo individuel sur le terrain, on décide ensemble du lieu, de la date et de l'heure : la cascade de Jaun peut en faire partie si c'est là que tu veux progresser. Le cours dure d'une heure à une journée complète, de 180 CHF pour une heure à 950 CHF pour la journée. La page cours photo à Fribourg explique comment cela se passe dans le canton.

Tu préfères apprendre en petit groupe ? Les workshops ont lieu à une date et dans un lieu fixes, avec trois participants au maximum. Dans le canton de Fribourg, il y a par exemple le workshop photo aux chutes de Chavanettes, une autre cascade du canton. Toutes les dates ouvertes sont sur la page des workshops photo en Suisse.

En résumé

La cascade de Jaun est une chute très facile d'accès : elle tombe en plein village, à quelques pas d'un arrêt de bus. Fais d'abord le tour du site pour repérer tes points de vue, décide si tu veux un paysage complet ou un détail du courant, puis choisis ta durée de pose en fonction de cette intention. Une demi-seconde pour la matière, plusieurs secondes pour la soie, et toujours plusieurs essais.

Les photos que je te montre ici sont des captations du réel, avec l'atmosphère et l'état des lieux de chaque jour, reprises au post-traitement avec ma touche artistique, sans rien y ajouter qui n'y était pas.

J'espère que cet article te donnera envie d'aller à Jaun avec ton trépied. Si tu y as fait des photos, ou si tu as une question sur le lieu, écris-moi. À bientôt, et on progresse ensemble !

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